Compte Rendu Rdv Fédération Chasse Gironde

Michel Rittling

Président ACTA Gironde

Un rendez-vous à la fédération départementale des chasseurs de Gironde, c’est un peu rendez-vous en terre inconnue.

 

A quoi vais-je être confronté ? A une bande de chasseurs avinés en train de dépecer un sanglier ? Des chasseurs habillés tel des Rambos, tirant sur tout ce qui bouge ?

Rien de tout cela. Si on savait que la chasse générait un important chiffre d’affaire, on en a l’exemple ici même avec une somptueuse propriété de plusieurs dizaines d’hectares, des bureaux relativement chics et un accueil souriant de Monsieur Desenfant Guillaume, Responsable de la communication de la fédération. Bref, nous sommes bien loin de l’image pitoyable que nous donnent la plupart des chasseurs que l’on peut croiser si l’on se risque à se promener en pleine campagne pendant la saison d’ouverture de la chasse.

Et c’est normal, M. Desenfant, en plus d’être un passionné de chasse est aussi un homme de médias qui en tant que tel connait l’importance de l’image, des apparences et des beaux discours.

Et des beaux discours, je dois avouer que j’y ai eu droit. Autour d’un café, M. Desenfant a fait le tour des missions des fédérations de chasse, m’expliquant l’importance de celles-ci. Il s’agit entre autre de leur missions de police de l’environnement, de l’entretien des zones humides (ils sont propriétaires d’environ 80% d’entre-elles), de leurs missions d’éducation à la nature (voir le site http://www.ekolien.fr/) – mission pour laquelle il m’assure qu’aucun prosélytisme n’est toléré, ou encore de la collecte de différentes données, cynégétiques ou autres. Bref, avec tout ça, il semblerait que les chasseurs n’aient plus beaucoup de temps pour sortir leur fusil !

J’ai eu le droit à un bon gros dossier intitulé : « Tableau de bord » de l’année 2015 on l’on y trouve des informations administratives sur le permis, sur le gibier, sur les milieux naturels et une jolie plaquette qui m’a bien amusé : « La chasse, stop aux idées reçues ». En étant honnête, je dois avouer que beaucoup de ces informations (tirées du tableau de bord) sont intéressantes et ont demandé surement beaucoup de travail à être récoltées. Et sûrement qu’elles ont été récoltées par des chasseurs qui aiment la nature, car bien sûr il y en a, même si il y a un conflit d’intérêts entre leur passion et la nature.

Et c’est là où il y a un fossé infranchissable entre nous. C’est qu’au final de leur passion il y a la mort d’un être vivant innocent et beaucoup moins nuisible ou en sur nombre que l’humain. Car même si M. Desenfant a un peu de mal avec l’excuse de la régulation – ce qui est étonnant d’ailleurs – il n’en reste pas moins que c’est l’un des arguments premiers des chasseurs, malgré les nombreux élevages de gibiers en France (500 à 600 éleveurs officiels en France).

Nous avons abordé le sujet des incidents et incivilités de la part des chasseurs. De nombreux témoignages à l’appui qui ont été balayés d’un simple revers de la main, avec pour réponse : « Je peux vous apporter autant de témoignages favorables aux chasseurs ! » en m’expliquant que la plupart des pratiquants chassent sur des terrains privés (la plupart des forêts l’étant par exemple) et que si vous en rencontriez, c’est que vous n’aviez rien à faire là !

Cela leur donne donc le droit d’être menaçants, insultants voire violents ? Pour les nombreuses personnes dont le chat est revenu criblé de plomb, sachez que c’est uniquement parce qu’il était sur une propriété privée !

Nous avons ensuite abordé le sujet qui nous a motivés à contacter la fédération, à savoir notre écœurement vis à vis des nombreux oiseaux d’espèces protégées retrouvés blessés par des plombs. Il n’est donc pas illogique de faire le rapprochement entre plombs et chasseurs. M. Desenfant a un autre point vue sur ce problème. En effet, le nombre d’adhérents est passé de 90.000 à 40.000. Ce qui veut dire qu’il reste 50.000 fusils en circulation qui ne servent plus. C’est donc peut-être un de ces anciens chasseurs ou un de ces héritiers qui s’amuse de temps en temps à tirer sur un héron ou un cygne… Autre explication : cela peut être les gens du voyage ou des pêcheurs. Comment cela ? Des pêcheurs ? Oui parait-il que beaucoup de pêcheurs sont armés. Peut-être pour achever les poissons d’un coup de fusil !

Bref, beaucoup de mal a accepter ce qui parait le plus évident, que ce sont tout simplement des chasseurs de la catégorie des « viandards »  – la majorité à mes yeux – qui tirent sur tout ce qui vole !

Mais il a été catégorique : ces tirs là, ce n’est pas de la chasse ! Ah bon ? Tirer sur des espèces protégées n’est pas de la chasse ? Heureusement qu’il me l’a précisé, je ne m’en serai pas douté ! Mais pas d’inquiétude : s’il s’avère que c’est un chasseur qui est coupable, la fédération portera plainte et le trainera devant les tribunaux ! Quand on sait que trouver le responsable de ce genre de tirs est pratiquement impossible, ce n’est pas une grande promesse. De plus, vu la bonne image qu’ils veulent donner de la chasse, c’est un minimum.

Nous avons également abordé le sujet du « dimanche sans chasse » réclamé par une majorité de Français. Voilà un message fort adressé aux non-chasseurs (qui représentent la bagatelle de 98,4% de la population) pour redorer l’image de la chasse et des chasseurs

Et là, réponse claire et net : « Pas question ! Pourquoi irions-nous supprimer un jour de chasse ? Pour condenser  la fréquence des tirs sur 6 jours ? Pour empêcher ceux qui n’ont que le dimanche de libre de chasser ? En plus ce n’est pas tous les jours que les gens chassent »

Ce à quoi je réponds : « Oui bien sur, à part les retraités, j’imagine que peu de gens chassent tous les jours et le dimanche n’est qu’une proposition. Cela peut-être une ou deux demi-journée. Le mercredi après-midi par exemple. Certaines communes ont interdit la chasse sur leur territoire le dimanche, si la fédération de Gironde (étant celle qui compte le plus grand nombre de chasseurs en France) faisait la même chose sur une journée par exemple , ce serait un bon point pour l’image. Reconnaissez que même au niveau des chasseurs, une demi journée en semaine ne serait pas une contrainte, cela resterait symbolique. N’oubliez pas que les chasseurs ne représentent que 1.6% de la population. C’est quand même une minorité qui prend en otage la nature pour son plaisir »

Là les arguments changent quelques peu, puisque pour M. Desenfant, la majorité des chasseurs se trouvant sur des terrains privés, on ne doit pas et on ne peut pas interdire ce qu’il s’y passe. Et d’ailleurs pour quelle raison ? Et là je cite sa réponse : « Pour que des bobos se promènent avec maman le dimanche alors qu’ils ne savent pas faire la différence entre un lièvre et un lapin ou qui pensent que les chevreuils ont des cornes » !!

Et oui, si vous ne connaissez pas les animaux qui peuplent nos campagnes, vous n’avez rien à y faire !

Autre argument pour enfoncer le clou : « De toute façon, pourquoi nous, fédération de chasse de 40.000 adhérents ferions nous un effort ou une concession pour vous et vos 20 adhérents ? En plus, le groupe parlementaire « chasse » est le plus important et très puissant » Et là je comprends – enfin j’ai la confirmation de ce que je savais depuis longtemps – que les chasseurs ne feront pas le moindre geste pour faire plaisir à la majorité de la population qui souhaite moins de chasse ou pour changer quoique ce soit à leurs habitudes, à moins d’y être obligés. Comme ceux qui peuvent les obliger sont en majorité chasseurs, ils sont tranquilles !

Pas question de demander un certificat de bonne santé physique ET psychique de moins d’un mois pour l’obtention du permis de chasse comme dans les clubs de tir. Quand je vois certains chasseurs, je me dis qu’ils n’ont pas tous les capacités à détenir une arme !

Pas question d’instaurer des contrôles d’alcoolémie…. C’est aux pouvoirs publics que revient cette mission et donc aux gendarmes, souvent en sous effectifs, de les faire. Ce n’est donc pas demain la veille qu’un chasseur sera sanctionné pour avoir pris son fusil en état d’alcoolémie plus ou moins avancée. Alcoolémie dont M. Desenfant n’a pas nié la réalité, notamment dans certaines régions, mais en la minimisant.

A la fin de l’entretien, il m’explique que le milieu de la chasse est attentif à tous ces mouvements et associations animalistes qui obtiennent certains résultats auprès de la population, comme L214 et leurs vidéos d’abattoirs. Et qu’il y avait des extrémistes comme ceux qui vont sur des terrains privés, cagoulés pour empêcher des chasses à courre ou comme ceux qui se mettaient sous cellophane ! Cette dernière allusion nous était bien sûr directement adressée, M. Desenfant étant certainement allé visiter notre site Internet avant ce rendez-vous.

Pour conclure, même si le nombre de chasseurs va sûrement continuer à baisser, la mentalité de ces derniers n’est pas prête de changer. Vu les appuis politiques dont ils bénéficient, les changements vont être difficiles à obtenir à court terme, mais nous restons optimistes car les générations futures s’avèrent de plus en plus sensibles et engagées envers la cause animale.

Michel Rittling

Président ACTA Gironde

 

 

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