une réponse au « vrai-faux » de la coordination rurale

En août 2018, la Coordination Rurale publiait un « vrai-faux des arguments antispécistes / vegans » pour contrer la « désinformation » de L214 auprès des écoliers. Il nous a semblé important d’y répondre, vu les arguments fallacieux et la mauvaise foi qui s’y côtoient au milieu de quelques précisions qu’il peut être utile de rappeler aux militant·es, afin d’éviter que la rapidité de circulation sur les réseaux sociaux ne perturbe le mouvement de défense des animaux avec des visions trop simplistes que nos détracteurs pourraient utiliser contre nous.

Vous pouvez télécharger notre réponse au format PDF ou bien la lire ci-dessous !

L’élevage n’est pas responsable de 14,5% des gaz à effet de serre mais de 5%…

L’élevage émettrait 14,5% des émissions de gaz à effet de serre, contre 14% pour les transports.

Pourquoi est-ce trompeur ?

Les 14,5% de l’élevage est un chiffre de la FAO faisant une analyse par cycle de vie : elle comptabilise la culture qui alimente le bétail jusqu’à la fabrication des emballages qui servent à distribuer la viande, en passant par le transport des animaux ou de la viande.

Les 14% des transports est un chiffre émanant du Giec qui analyse les émissions par « secteur » économique. Selon la méthode du Giec, qui ne calcule pour l’élevage que les émissions liées à la phase de production, l’élevage serait responsable de 5% des émissions de gaz à effet de serre.

Il est difficile de comparer des chiffres produits selon des méthodes différentes. Les chiffres fournis par la CR sont justes. L’élevage, si on ne prend en compte que les animaux, leurs déjections et l’énergie dépensée sur place, est responsable de 5% des émissions. Mais la comparaison par « secteur » est abstraite, dans la mesure où elle ne rend compte d’aucune réalité pratique : notamment, une partie des transports sert aux pratiques d’élevage et une partie de la production d’énergie sert à la production des moyens de transport.

Il serait donc plus pertinent de comparer les analyses par cycle de vie. L’élevage regrouperait alors les émissions directes des animaux, mais aussi la production et le transport de leur nourriture (incluant la déforestation, les émissions de la nourriture utilisée, la part des transports dédiée à l’élevage…), la production et le transport des emballages. Les transports regrouperaient alors les émissions directes des véhicules, mais aussi leur fabrication, l’extraction des carburants, etc.

Dans l’idéal et pour éviter d’être simplement en train de lancer des chiffres pour soutenir une position de principe, les deux domaines seraient également segmentés selon leurs diverses déclinaisons (types de véhicules, types d’utilisation des transports ; élevage intensif, élevage extensif, races animales concernées…). À ma connaissance, ces calculs n’existent pas.

Pour une réponse plus complète, voir l’article de La Carotte Masquée.

70% des aliments consommés par les animaux d’élevage sont composés de fourrages produits sur des surfaces non cultivables.

Si on convertissait les terres utilisées par l’élevage en cultures végétales, on produirait 7 fois plus d’aliments !

Pourquoi est-ce faux ?

Selon certains vegans, si on convertissait les terres d’élevage en cultures végétales, on produirait 7 fois plus d’aliments. C’est oublier que 70% des aliments consommés par les animaux d’élevage sont composés de fourrages produits sur des surfaces non-labourables, des prairies et des herbages, qui sont essentiels pour la biodiversité.

En réalité, 70% des aliments consommés par les ruminants seraient composés de fourrages non consommables par l’humain. D’après la référence donnée par l’Inra à ce sujet, en France, il s’agirait plutôt de 50%. Les « tourteaux de soja« , dont on entend souvent parler pour expliquer que les animaux consomment des choses qui seraient sinon perdues, servent en fait notamment à produire la farine de soja et les protéines texturées, tout à fait viables pour la consommation humaine.

Les prairies et les herbages recèlent effectivement une grande biodiversité. Dans un dossier ouvertement axé sur le rejet du végétalisme, l’Inra affirme que sans l’élevage, les prairies deviendraient des friches puis des forêts, ce qui serait gênant pour le stockage du carbone et la biodiversité. Pourtant,

Pour une réponse plus complète, voir l’article de La Carotte Masquée.

Il faut entre 20 et 50 litres d’eau pour produire 1 kg de viande bovine. Pas 15 000 !

Il faudrait 15 000 litres d’eau pour produire 1 kg de viande bovine.

Pourquoi est-ce faux ?

Le chiffre ne distingue pas les différents usages de l’eau. Il comptabilise l’eau de pluie qui arrose naturellement les prairies, ce qui n’a aucun sens scientifique.

Aujourd’hui, les travaux scientifiques ne donnent pas de réponse claire sur la consommation mondiale d’eau pour l’élevage, mais même les études les plus pessimistes sur les systèmes les plus intensifs évaluent une consommation d’eau maximale de 1500 litres d’eau par kilogramme de viande (Doreau et Corson, 2017). En France, les études les plus récentes estiment qu’entre 20 et 50 litres d’eau dite utile sont nécessaires pour produire 1 kg de viande de boeuf (Gac et Béchu, 2014).

Le site viande.info, produit par L214, distingue ces différents usages de l’eau. Sans compter l’eau de pluie, 1kg de chair de bœuf demande un peu plus de 1000L d’eau. 1kg de chair de porc demande un peu plus encore (1080L). D’après les données de Mekonnen et Hoekstra (2012), comparant les dépenses en eau en Asie, en Europe et aux États-Unis, 1kg de chair de bœuf demanderait entre 700L (en pâturage) et 1400L (en industriel), sans compter l’eau de pluie. Le cas des poules est intéressant pour remettre en question l’intérêt de l’élevage en plein air : pour un élevage de poulets en plein air, il faudrait 1450L d’eau pour 1kg de chair de poulet ; pour un élevage intensif, 550L. Pour comparaison, 1kg de céréales demanderait en moyenne 400L d’eau pour être produit ; 1kg de légumineuses, 850L d’eau.

« Les études les plus récentes » mentionnées par la CR sont ici… une seule étude (Gac et Béchu, 2014), pour laquelle les auteurs, chercheurs à l’Institut de l’Élevage, n’oublient pas de remercier les « interprofessions » (= lobbies) que sont le CNIEL et Interbev pour avoir commandité et financé l’étude. Les chiffres « entre 20 et 50 litres d’eau » viennent bien de cet article, et représentent l’eau utilisée pour abreuver les animaux, divisée par un « facteur de stress hydrique » (WSI) représentant notamment le fait que la France ne manque pas d’eau (mais les sources de ces WSI et les calculs ne sont pas détaillés dans l’article. N’est donc pas prise en compte l’eau utilisée pour les « intrants » (aliments) et pour les fertilisants, le fuel et l’électricité, pourtant nécessaires à l’élevage.

La consommation de viande en elle-même n’est pas nocive, ni mauvaise pour la santé ! C’est l’excès de consommation de viande qui l’est. Comme toute consommation excessive…

La consommation de viande est mauvaise pour la santé, voire cancerogène ; des études le prouvent.

Pourquoi est-ce trompeur ?

Les études n’indiquent pas que la consommation de viande ou de charcuterie est problématique mais que leur consommation « excessive » l’est. Ils occultent souvent ce mot pourtant capital.

Malgré ce que peuvent en dire les vegans, les protéines animales consommées en quantité raisonnable ne sont pas nocives pour la santé. Au contraire. De nombreux nutritionnistes recommandent leur consommation dans un régime alimentaire sain et équilibré.

Toutes les calories ne se valent pas. Les produits animaux constituent la source principale de certains nutriments, comme le fer, le calcium, la vitamine D ou les Omega 3, et la source exclusive de vitamine Bl2. Les produits animaux sont nécessaires aux besoins des enfants. En 2016, un couple italien s’est vu retirer la garde de leur enfant de 2 ans. Nourri exclusivement avec des produits végétaux, le nourrisson était dans un état grave de malnutrition. Cette année, en Belgique, un enfant est décédé pour n’avoir été nourri qu’au lait végétal.

Pour avoir une alimentation entièrement équilibrée, même les végétariens adultes ont besoin de compléments alimentaires, soit par le biais d’aliments très transformés à base de divers végétaux, soit par la prise de médicaments. Seules les industries chimiques et agroalimentaires peuvent fournir ces deux types de produits. Autrement dit, le véganisme fait le jeu des industriels …

D’ailleurs, certains groupes comme Herta ou Carrefour, qui par ailleurs s’affichent volontiers en soutien des éleveurs, n’hésitent pas à faire du marketing sur les imitations végétales de produits animaux (nuggets de soja, etc.).

La viande artificielle, parfois évoquée par les vegans pour ne plus tuer d’animaux, constitue leur stratégie ultime pour supprimer les éleveurs au profit de l’industrie.

 

Les Français ne font pas une surconsommation de viande.

Rappelons que les autorités sanitaires préconisent de ne pas consommer plus de 500 grammes de viande rouge par semaine. Or, les Français n’en consomment actuellement que 370 grammes par semaine. Nous sommes donc bien loin d’être menacés par une surconsommation nuisible pour la santé !

Malgré ce qu’on pourrait avoir envie de voir, les deux premiers paragraphes de cette réponse sont corrects, de même que leur conclusion concernant les Français·es. Une consommation non-excessive de chair animale n’est pas nécessairement liée à des impacts négatifs sur la santé. Les études montrant les avantages des régimes à base de végétaux ne distinguent pas bien les effets des régimes strictement végétaux et les effets de la réduction de consommation de chair animale et de l’augmentation de consommation de fruits et légumes.

D’un point de vue calorique, toutes les calories se valent. D’un point de vue nutritionnel, une des études sur les apports nutritionnels liés à différents régimes sur une très large population en 2013 montre qu’un régime végétalien est viable pour l’ensemble des nutriments. Les cas de malnutrition d’enfants existent chez les végétaliens comme chez les autres, malheureusement. La nature du régime n’est pas en cause, mais peut-être des mauvaises connaissances sur la nutrition, un encadrement insuffisant, des croyances liés à de la désinformation sur internet, ou encore d’autres facteurs.

Avec un régime varié, seule la vitamine B12 est nécessaire en tant que complément. Un complément n’est pas un médicament, et la vitamine B12 est cultivable depuis 1948, nous pouvons en profiter pour éviter l’exploitation des animaux.

La majorité de l’élevage étant de nature industrielle, que reproche exactement la CR à l’industrie ?

Les « interprofessions » des produits animaux faisant du marketing à foison (« les produits laitiers sont nos amis pour la vie », n’est-ce pas ?), que reproche exactement la CR aux groupes qui font du marketing ? Par ailleurs, la viande artificielle mentionnée ici est-elle la « viande in-vitro » (qui fait débat au sein des communautés véganes pour plusieurs raisons) ? Ou bien parle-t-on ici des simili-carnés (qui ne sont absolument pas nécessaire à une alimentation végétale équilibrée et qui ne sont pas consommés par tous les véganes) ?

Un petit bonus, indépendant de la CR mais mentionné par plusieurs sites et pages anti-végane…

En 2003, une publication rapporte une étude menée au Kenya sur l’intérêt des produits animaux dans l’alimentation des enfants. Le projet était en partie soutenu par la National Cattleman’s Beef Association.

La méthodologie : proposer à une partie de la population d’enfants étudiés leur goûter traditionnel enrichi soit en chair animale, soit en lait animal, soit en huile. Le goûter enrichi en huile contenait deux à trois fois moins de protéines que le repas enrichi en chair animale, et ne contenait aucune vitamine B12. Sans surprise, les enfants ayant les repas enrichis en produits animaux s’en sortaient mieux deux ans après dans tous les domaines par rapport à ceux qui avaient eu droit à de l’huile (Neumann et al. 2007).

Conclusion : quand vous lisez qu’une étude a montré quelque chose, allez donc lire l’étude originale pour en évaluer la fiabilité avant de croire à la compétence et à la bonne foi des gens qui la rapportent.

Un choix éthique, qu’il soit alimentaire ou de vie,
n’a pas à être imposé aux autres.

Manger de la viande est contre-nature, cruel, etc.

Pourquoi est-ce trompeur ?

Les éleveurs proposent une viande de qualité dont la consommation est parfaitement naturelle pour l’omnivore à tendance carnivore qu’est l’Homme.

Donner la mort pour se nourrir n’est pas un problème; il nous importe en revanche qu’elle soit donnée dans de bonnes conditions. La viande n’en est que meilleure et le travail que nous avons réalisé pendant plusieurs années est ainsi respecté.

Ce n’est pas parce qu’on peut qu’on doit !

Ne pas en manger de la viande est un choix personnel qui peut être motivé par tout un tas de raisons (santé, éthique individuelle, coût … ) qui n’ont aucune valeur universelle.

En admettant même qu’on puisse se passer de viande, par le jeu des compléments alimentaires ou d’une alimentation purement fonctionnelle (simplement destinée à fournir au corps un nombre de calories et de nutriments, gommant tout aspect de plaisir et de culture), rien n’implique que nous devions le faire si ce n’est l’éthique, par définition individuelle.

Pourquoi un choix personnel devrait-il être imposé à tous? Et vouloir faire d’une éthique individuelle la base d’une morale pour une société qu’ils qualifient de sensibiliste n’est rien d’autre qu’un extrémisme.

Tout à fait. Un choix personnel n’a pas à être imposé aux autres. De même que pour un choix qui implique les autres (comme le choix de manger de la chair animale, qui implique les animaux), les intérêts des autres doivent être pris en compte. La spécificité de la posture antispéciste, c’est de considérer les intérêts de ces animaux à ne pas être tués et à ne pas souffrir, tandis que la posture carniste s’intéresse uniquement à l’humain, les autres animaux étant réduit au statut de « viande », de produits.

« En admettant même qu’on puisse se passer de viande » (comme en fait le montre l’existence de tous les végétariens et végétaliens du monde, mais surtout les études scientifiques en nutrition et les positions des associations de nutritionnistes et diététiciens dans le monde), le plaisir et la culture sont loin d’être absents des régimes à base de végétaux. À l’écrit, rien n’en parle mieux qu’une petite illustration, tirée du site du Rest’O, restaurant bordelais proposant des plats particulièrement soignés et très fins en bouche.

Non, les vegans ne militent pas pour de meilleures conditions d’abattage ou d’élevage :
ils sont contre l’élevage par principe !

L214 et consorts militent pour le bien-être des animaux.

Pourquoi est-ce fallacieux ?

Ils filment pendant de longues heures et ne sélectionnent que quelques minutes qui peuvent choquer. Ils prennent ainsi un exemple d’une défaillance momentanée d’un maillon d’un système (un problème sur la chaîne d’abattage du fait de cadences infernales) pour faire croire que tout le système est défaillant, tortionnaire, etc.

Il faut bien faire comprendre aux journalistes que les vegans ne militent pas pour un meilleur abattage ou de meilleures conditions d’élevage ou de transport des animaux – ça, c’est leur vitrine médiatique – mais contre tout élevage et toute utilisation (ils disent « exploitation ») d’un animal par l’homme : chien policier, chien d’avalanche, cheval pour l’équithérapie ou même le labour, cochon truffier, etc.

Dans le même ordre d’idée, l’expression tant utilisée « manger vegan » n’a donc aucun sens. Un vegan a un régime alimentaire végétalien.

Peu importent donc les arguments que vous opposerez à un vegan (biodiversité, maintien des prairies, entretien des paysages, gastronomie, aménagement du territoire, maintien d’une économie rurale, lutte contre la désertification, équilibre nutritionnel, plaisir de manger, etc.), dès lors que vous utilisez un animal, c’est inconcevable pour lui.

Nous sommes découverts !
Nous faisions pourtant tout pour nous en cacher…

On peut très bien être sensible à la souffrance
d’un animal et manger de la viande.

Les « carnistes » sont des « nazis », se rendent coupable d’un « Holocauste » car ils mangent des animaux doués de sensibilité et ont organisé leur « détention » et leur « extermination ».

Pourquoi est-ce insultant ?

Quel éleveur a attendu les vegans pour savoir que le cochon avait une intelligence ou que la vache avait de la sensibilité ?

Ils attribuent en réalité aux animaux des sentiments humains qui ne sont pas compatibles avec leur nature (anthropomorphisme). Ils fantasment une nature selon leur idéal.

Ils se revendiquent souvent antispécistes, c’est-à-dire qu’ils considèrent que l’espèce à laquelle appartient un animal n’est pas un critère pertinent pour déterminer la manière dont nous devons le traiter ou le considérer. L’inverse est le spécisme qui place l’espèce humaine au-dessus des autres.

Or, en exigeant de l’homme un comportement qui va à l’encontre de sa propre nature, ils font en réalité du spécisme, en le plaçant au-dessus de son comportement naturel (qu’ils vont jusqu’à nier en considérant que la consommation de viande n’est pas naturelle chez l’homme).

Concernant le vocabulaire outrageant qu’ils utilisent, du type « éleveur = assassin », sans parler des parallèles scandaleux avec les nazis et le me Reich, il faut montrer que les éleveurs sont les premiers concernés par le bien-être animal, tout simplement parce qu’ils sont à leur contact chaque jour. Ils connaissent leurs animaux, les soignent, s’en occupent avec passion, 365 jours par an.

Oui, on peut très bien être sensible à la souffrance animale et manger de la viande. D’où l’intérêt d’utiliser le mot « viande » plutôt que « chair animale », le mot « lait » pour parler principalement du lait des vaches, de dire « une cuisse de poulet » plutôt que « la cuisse d’un poulet », etc. Comme dit très bien Homer Simpson (Les Simpsons, S07E05 (1995), « Lisa la végétarienne ») :

« Mais ressaisis-toi un peu Lisa,
c’est de l’agneau, pas un agneau ! »

Aucune source, aucun propos concret, aucun exemple pour ces sentiments humains que l’on attribuerait aux animaux ? Non ? C’est sûr que ça rend plus difficile pour le camp opposé de se défendre, quand on lui prête des arguments tout à fait généraux et abstraits pour les décrédibiliser. Pour information, cela relève en partie du sophisme de l’homme de paille.

La définition de l’antispécisme n’est pas mauvaise (j’ai été étonné).

Mais la définition du spécisme l’est. Il ne s’agit pas de placer l’espèce humaine au-dessus des autres, mais de placer les intérêts de certaines espèces au-dessus des intérêts des autres espèces, sur la seule base du critère d’espèce qui n’est pourtant pas pertinent quand on connait les intérêts de chacun. N’ayant pas besoin de consommer des aliments d’origine animale pour vivre en bonne santé, défendre l’exploitation des animaux fait passer un plaisir humain non-nécessaire (le goût) avant un intérêt fondamental d’autres espèces (l’intérêt à vivre et à ne pas souffrir).

Le point Godwin dénoncé… Tout d’abord, la comparaison avec les nazis existe des deux côtés. Il n’est pas rare d’entendre de la part des opposants au véganisme qu’Hitler était végétarien (ce qui n’aurait rien à voir avec quoi que ce soit même si c’était vrai) ou qu’on se comporte comme des nazis en voulant imposer nos idées aux autres.

Dans le cas des comparaisons faites par les animalistes antispécistes, elles n’ont pas été inventées par ces derniers. L’ouvrage Eternal Treblinka (2002) de Charles Patterson (dont le titre est tirée d’une citation de Isaac Bashevis Singer) rappelle que de nombreuses victimes des camps de concentration nazis ont fait elles-mêmes la comparaison avec les abattoirs et avec l’élevage. Le mot « holocauste » (utilisé sans majuscule dans les communications animalistes) peut avoir plusieurs définitions, notamment des sacrifices animaux ou une destruction totale. Néanmoins, l’usage qui en est fait par les militants est parfois sciemment attaché aux connotations de l’Holocauste juif, pour les raisons évoquées ci-dessus.

Quant au mot « carnisme », il vient d’une chercheuse en psychologie sociale, Melanie Joy, en 2001. Il est utilisé notamment parce que la défense de l’exploitation animale repose pour beaucoup sur les représentations sociales liées au fait de manger des produits carnés.

Enfin, parler d’ « assassinat » ou de « meurtre » quand il s’agit de tuer un animal non-humain a autant de sens que d’en parler quand il s’agit d’un humain. C’est ici aussi pour éviter les connotations affectives négatives associées à ces termes que les professionnels de l’exploitation animale préfèrent utiliser des termes comme « abattage », que les chasseurs parlent de « prélèvement », que les chercheurs utilisant l’expérimentation animale parlent de « sacrifice », etc.

En réaction à des affiches posées sur les arrêts de bus disant « Je suis boucher, j’adore découper des cadavres d’innocents pour votre bon plaisir. », un boucher s’offusquait à la télévision et demandait à Sébastien Arsac (L214) de se positionner par rapport à ces affiches. La réponse est claire : « Factuellement… ». Oui, factuellement, les animaux sont innocents. Factuellement, une fois tués, leurs corps est un cadavre. Factuellement et d’après leurs propres dires, les bouchers aiment leur métier, qui consiste à découper ces cadavres pour les vendre aux consommateurs, pour leur plaisir.

Le bonus, pour éviter les arguments fallacieux et le biais de confirmation et pour développer la pensée critique vis-à-vis de la profusion d’informations circulant sur Internet autour du véganisme :

le site de la Carotte Masquée

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