Rencontre avec William Pedersen (invité par le cirque Arlette Grüss à Bordeaux) le 19 janvier 2019

Samedi 19 janvier, la veille de notre première manifestation de cette année face au cirque Arlette Grüss, Yannick Delneste, journaliste chez Sud-Ouest nous a proposé de rencontrer les représentants du cirque pour échanger sur nos positions respectives. Cette rencontre a donné lieu à un article dans l’édition de Sud-Ouest du 22 janvier. L’article en lui-même est déjà parlant, mais comme tout article, il est limité par les contraintes éditoriales. Aussi il nous a semblé important de préciser certaines des choses qui ont été évoquées le samedi 19 janvier et qui n’ont pas pu apparaitre dans l’article. Après avoir parlé avec Georgika Kobann, co-fondateur du cirque, nous avons rencontré William Pedersen, invité par le cirque à présenter des numéros d’otaries et de manchots. 

Le contenu de l’article nous avait paru plutôt pertinent et bien équilibré entre les différents points de vue. La présence de trois vidéos, signalées par une internaute qui nous y avait trouvés peu convaincants, nous a cependant fait réagir. Dans ces vidéos, William Pedersen explique en long et en large sa perspective sur l’élevage et la captivité des manchots et des otaries. Sur 4 minutes de vidéos, nous ne parlons presque pas. Nous sommes pourtant intervenus à plusieurs reprises dans la discussion, bien que W.Pedersen ait effectivement monopolisé la parole de longs moments. Voici donc nos impressions et nos commentaires sur cette rencontre.

L’un des arguments majeurs soulevés par W.Pedersen pour justifier la captivité des manchots depuis plusieurs générations dans sa famille est la disparition progressive d’une des espèces (le manchot de Humboldt) dans la nature. Sauf que comme on le voit, les échanges avec les Marineland et autres centres de captivité semblent être leur solution, tandis que la réintroduction de leurs manchots dans leurs environnements naturels n’est pas une option, sous le prétexte que ces animaux ne parviendraient pas à survivre dans la nature. Il ne semble pas se rendre compte que les conditions dans lesquelles ces manchots sont captifs ne participent absolument pas à la préservation de leur espèce, mais plutôt au développement, à très long terme, d’une nouvelle espèce domestique.

Des cas de réintroductions d’espèces existent pourtant (YonHap 2018, Soorae 2013), mais il est bien évident qu’il ne s’agit pas de prendre un animal adulte, n’ayant jamais connu le moindre besoin en termes de recherche de nourriture et de survie, et de le jeter dans la nature sans aucune aide. Il faut bien reconnaitre, cependant, que la réflexion sur les stratégies de réintroduction ou de protection des animaux dans leur environnement naturel, dans l’idée d’abandonner la captivité, est beaucoup moins lucrative que de faire faire un tour de pistes à ces manchots sur scène.

De plus, comme on le souligne dans la vidéo, cette disparition, comme celle de beaucoup d’autres espèces, est due aux activités humaines, notamment les secteurs des transports et de l’élevage, qui sont particulièrement générateurs de pollution. Or, on ne voit pas dans les vidéos de Sud-Ouest la discussion au sujet de la nourriture des otaries et manchots présents cette année au cirque Arlette Grüss. D’après W.Pedersen, 30kg de poissons sont mangés chaque jour par les animaux qu’il a sur place. À l’année, cela représente 11 tonnes de poissons. Quand on connait l’impact de la pêche sur la biodiversité et les océans et les conditions d’élevage des poissons, quand on sait que les déplacements des cirques itinérants impliquent une énorme dépense de carburants et d’énergie (Frédéric Edelstein, du cirque Pinder, parle de « 3,5 tonnes de viande et 18.000 litres de gasoil tous les dix jours » – la Nouvelle République 2019), l’argument de la préservation de l’espèce face à la disparition de son environnement causé par l’humain parait bien hypocrite.

Enfin, comme le disait G.Kobann à propos des numéros d’éléphants et de fauves, W.Pedersen nous a affirmé que les numéros de ses animaux correspondaient à leurs comportements naturels. Les otaries jouent avec de petits objets dans la nature, et cela justifierait de les dresser pour les faire faire des démonstrations avec un ballon devant les spectateurs. Et W.Pedersen de souligner que les manchots, dans leur petite piscine (dont nous n’avons pas pu vérifier qu’elle correspondait aux normes légales), avaient eux aussi à disposition des jouets, pour enrichir leur environnement. Quelques jouets en plastique flottant dans l’eau d’une piscine de quelques mètres carrés compenseraient donc une vie de captivité.

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