ACTA – Agir Contre la Torture des Animaux

Fiche de révision sur les arguments concernant les animaux dans les cirques

L’année 2020 commence, et nous attendons encore les annonces d’Elisabeth Borne, ministre de la Transition Écologique et Solidaire concernant la faune sauvage captive en France. On peut donc être sûr·es que les manifestations devant les cirques vont continuer. À Bordeaux, ce sera ce dimanche 12 janvier, de 13h à 17h, sur la place des Quinconces, devant le cirque Arlette Grüss, qui fait dans la provocation cette année en accolant sur l’affiche de son spectacle « Bêtes de Cirque » le visage d’un clown et celui d’un lion…

Du côté animaliste, pour que les manifestations et le contact avec le public soient efficaces, encore faut-il que les arguments soient adaptés et valides. Sans cela, ou bien le public peut se sentir perdu entre des arguments contradictoires qu’il aura du mal à vérifier, ou bien il peut simplement perdre la confiance et le crédit qu’il accordait éventuellement au milieu animaliste. Ci-dessous, nous proposons donc une rapide revue des arguments de base souvent mal compris ou déformés concernant les cirques, pour voir comment les présenter en évitant de les déformer et de les rendre faux ou trompeurs.

Ce billet n’est pas directement sourcé parce qu’il est plus proposé en tant que « fiche de révision » pour les militant·es qu’en tant qu’exposé argumentaire, mais vous trouverez les sources sur la page du site dédiée aux cirques dans le menu « s’informer ». Pour aller plus loin, vous pouvez également commander le rapport 2018 de Code Animal.

À l’origine, le cirque n’avait pas d’animaux sauvages.

Sauf si l’on veut parler des jeux du cirque romains (qui n’ont pas grand-chose à voir avec le cirque tel qu’on le connait aujourd’hui), l’origine du cirque moderne se trouve en 1768 avec Philip Astley, un cavalier militaire qui a conçu la piste circulaire qui a donné son nom au cirque pour permettre les démonstrations d’acrobaties équestres. À côté des acrobates, jongleurs et autres artistes, les chevaux étaient donc au centre du cirque moderne dès son invention. Les fauves, éléphant·es et autres animaux sauvages, en revanche, sont arrivé·es en Occident avec les bateaux coloniaux au tournant du 19e siècle et ont parfois été transportés de ville en ville par des personnes ou gardés dans des ménageries royales, qui ont parfois commencé à proposer des numéros. Les numéros d’animaux sauvages ne sont apparus dans les cirques que vers la fin du 19e siècle, plus de 100 ans après l’avènement du cirque moderne.

 

Les animaux sauvages ne sont plus capturés dans la nature.

Les animaux ne peuvent légalement plus être prélevé·es dans le milieu naturel depuis la Convention de Washington le 26 octobre 1976. Mais cela n’empêche pas les cirques de continuer aujourd’hui à exploiter des éléphantes capturées avant 1976. Par exemple, Mina et Kamala, nées sauvages en 1966, sont encore aujourd’hui exploitées par le cirque Médrano. Lechmee, née la même année, n’a été placée dans un sanctuaire au Royaume-Uni que l’année dernière. Mais aujourd’hui, la plupart des animaux sauvages utilisé·es par les cirques sont né·es au sein des cirques ou dans des élevages. Pour les distinguer de leurs homologues né·es en liberté, on peut parler d’ « animaux non-domestiques » (c’est le terme juridique), mais on dit généralement « animaux sauvages » pour simplifier la conversation et parce que ces animaux ont le même patrimoine génétique que leurs homologues en liberté.

 

La captivité a des aspects délétères et des aspects que l’on pourrait juger positifs, si les cirques participaient à des programmes de conservation et de réintroduction, ce qui n’est pas le cas.

En-dehors des périodes d’itinérance des spectacles, les animaux des cirques sont parfois dans des espaces plus ou moins grands leur permettant de se déplacer à loisir (bien que les méthodes d’alimentation ne soient la plupart du temps, même dans ces cas-là, pas adaptées aux espèces concernées). Pendant les périodes d’itinérance, iels sont captifs·ves, dans des camions, puis dans des petites cages, avant que les enclos, un peu plus grands, soient montés sur les lieux des spectacles (encore que l’on voit qu’ils ne le sont parfois pas, pour diverses raisons). En plus de l’exiguïté des cages, leurs comportements instinctifs tels que le marquage de territoire sont mis à mal par le nettoyage quotidien et la proximité inévitable entre des espèces qui, en liberté, entreraient en compétition.

Cependant, la captivité permet de préserver quelques représentant·es d’espèces menacées de disparaitre. On peut aussi se dire, si l’on a très envie de la justifier, que la captivité évite aux animaux de connaitre les aléas et la rigueur de la vie sauvage. Mais les animaux présents dans les cirques sont loin de représenter uniquement des espèces en voie de disparition, les cirques n’ont jamais eu l’intention de réintroduire des animaux en liberté, n’ont pas de liens avec les programmes de conservation, et la préservation ou la protection ne peut pas justifier de faire faire des numéros aux animaux et de les transporter de ville en ville. L’Association Européenne des Zoos et Aquariums (EAZA) a d’ailleurs pris position en 2017 contre les numéros d’animaux sauvages, que ce soit dans les cirques ou dans les zoos et aquariums.

 

Les animaux sont parfois (voire souvent) dressés par la violence.

Les méthodes de dressage se sont multipliées ces 100 dernières années, quelles que soient les espèces concernées. Notamment, le renforcement positif s’est nettement développé, dans la mesure où il permet des résultats plus difficilement atteignables autrement – mais il est également problématique, dans la mesure où il s’agit de faire faire à l’animal ce que nous avons envie qu’il fasse, sans forcément d’égard pour ses propres envies.

La violence n’empêche pas d’obtenir les résultats, contrairement à ce qu’on entend parfois de la part des circassiens sur la défensive aujourd’hui. Les témoignages sont nombreux de personnes ayant travaillé dans des cirques au fil du 20e siècle, qui disent avoir été témoins de scènes de dressage particulièrement violentes, ou avoir elles-mêmes dressé violemment des animaux.

Aujourd’hui, les violences dans les cirques existent et sont régulièrement filmées – mais cela ne nous permet pas de généraliser en affirmant que tous les animaux sont systématiquement violentés dans le cadre du dressage. On peut cependant en conclure que les contrôles réalisés par l’État sont insuffisants et ne permettent pas de garantir le bon traitement des animaux.

 

Le dressage et l’entraînement peuvent parfois compenser une partie des effets délétères de la captivité.

Comme pour les numéros humains, parmi les numéros réalisés par les animaux, certains peuvent avoir quelque chose à voir avec leurs comportements naturels, mais la plupart en sont très éloignés. Un·e éléphant·e peut, en liberté, donner une impulsion sur ses pattes arrières et aller jusqu’à les lever pour pousser quelque chose avec sa tête, mais ne le fera jamais simplement pour le faire, et ne tiendra jamais la position. Ce type de numéros peut être problématique voire dangereux pour les animaux (hernies ou descentes d’organes chez les éléphantes, par exemple), mais c’est une question complexe.

On peut reconnaitre aux numéros et au dressage un bénéfice pour les animaux : la captivité pouvant être très ennuyeuse, les sessions de dressage et de préparation des numéros, quand les numéros sont souvent changés, permettent aux animaux d’avoir quelque chose de nouveau à faire. C’est un bénéfice tout relatif, puisqu’en liberté, les animaux n’ont pas besoin de ça pour éviter de s’ennuyer, et que même en captivité, d’autres solutions existent qui passent principalement par l’enrichissement varié de l’environnement.

 

Les revendications animalistes ne concernent pas les cirques et les circassiens en général, mais les cirques qui utilisent des animaux. Oui aux cirques sans animaux !

Les circassiens sont régulièrement victimes d’injures racistes et d’actes de discrimination, quelquefois de la part de personnes qui, sans être militant·es animalistes pour autant, partagent les posts des associations animalistes. Ces discriminations sont inacceptables, que ce soit en ligne ou lors d’une manifestation. De plus, elles alimentent les amalgames de l’Association de défense des cirques de famille, notamment, dont une bonne partie de la rhétorique consiste en accusations de racisme et de détournement de fonds vis-à-vis des associations animalistes.

La très grande majorité des militant·es trouvera cette précision inutile, puisque les campagnes contre les animaux dans les cirques ne visent, précisément, que les cirques qui utilisent des animaux – et que d’autres circassiens ayant les mêmes origines et les mêmes modes de vie proposent des spectacles sans animaux. À vrai dire, nous n’avons jamais été témoins de ce type d’injures lors d’une manifestation d’ACTA, ni des autres associations animalistes bordelaises. Mais le rappel est toujours bon à prendre pour éviter les amalgames.

 

Des centaines de villes ont pris position de diverses manières pour l’interdiction des animaux sauvages dans les cirques.

Certaines villes françaises ont tenté depuis 2006 de voter des arrêtés municipaux interdisant les spectacles avec animaux sauvages sur leurs territoires, mais cette interdiction ne pouvant pas relever de la compétence des communes, les arrêtés ont systématiquement été déboutés par les tribunaux administratifs lorsque les associations de cirques les ont attaqués. Depuis fin 2018, Code Animal a proposé un autre type de positionnement : le vœu symbolique. Des centaines de villes se sont donc positionnées en demandant officiellement à l’État de voter une loi interdisant l’utilisation d’animaux sauvages dans les cirques.

Beaucoup de pays ont déjà engagé le chemin vers l’interdiction des animaux sauvages ou de tous les animaux dans les cirques, notamment dans l’Union Européenne, où la France fait partie des 4 pays sur 28 n’ayant pas encore légiféré dans ce sens. Quant à la population française, elle semble être majoritairement favorable à l’interdiction des numéros d’animaux non domestiques, quand les sondages ne sont pas faits par les circassiens à la sortie des spectacles sans vérification impartiale.

Après des groupes de travail organisés courant 2019 par François de Rugy (alors Ministre de la Transition Écologique), Elisabeth Borne (sa remplaçante) a promis de faire des annonces concernant la faune sauvage captive en France « à l’automne » 2019. Début janvier 2020, nous attendons toujours.

 

Les vétérinaires français ne s’accordent pas, mais la littérature scientifique est claire.

Depuis 2015, la Fédération des Vétérinaires d’Europe tient sa position qui « recommande à toutes les autorités compétentes européennes et nationales d’interdire l’utilisation de mammifères sauvages dans les cirques itinérants dans toute l’Europe, compte tenu de l’impossibilité absolue de répondre de façon adéquate à leurs besoins physiologiques, mentaux et sociaux ». Cette position a été émise après 3 ans de revue de la littérature scientifique et de rencontres avec des circassiens, des éthologues et des vétérinaires spécialisé·es, et signée par toutes les associations nationales membres de la FVE. En 2017, l’Ordre des vétérinaires français a tenté de créer l’ambiguïté en jouant sur une virgule pour ne pas généraliser cette position, qu’il avait signée, à tous les cirques. Le Syndicat des Vétérinaires Libéraux (SNVEL) a publié en 2018 une tribune avec deux vétérinaires travaillant pour les cirques, pour refuser de se positionner pour l’interdiction des animaux sauvages dans les cirques.

Toujours en 2018, Florence Ollivet-Courtois, l’une des signataires de cette tribune, affirme que « les fauves des cirques n’ont jamais connu cette terre promise [qu’est supposément la nature], ni même les 10 générations qui les précèdent. Leur système immunitaire, leur comportement, leur génétique ne savent rien de leur pays d’origine ». (Suggérerait-elle ici que les élevages de fauves ont opéré une sélection génétique très spécialisée pendant 10 générations – ce qui est très peu et pas du tout crédible, au demeurant – pour débarrasser ces fauves des réflexes de leurs ancêtres libres ?)

Bref, les vétérinaires français·es ne s’accordent pas vraiment sur cette question. Sachant que les vétérinaires ne sont pas des scientifiques, et que la parole d’un expert qui ne s’appuie pas sur la littérature scientifique ne vaut pas plus que la parole de n’importe qui, ce qui nous intéresse est plutôt du côté des recherches sérieuses. Cela tombe bien : les revues de la littérature scientifique et les évaluations à grande échelle vont globalement dans le sens d’une interdiction des numéros d’animaux non domestiques.

 

L’argumentation est rarement simple sur des sujets complexes qui portent à débat, et ce d’autant moins que des questions éthiques y sont rattachées et que l’argumentation doit se faire en 45 secondes avec des passant·es.

Peut-être un des arguments de base qui sous-tend l’opposition radicale à l’utilisation des animaux est celui-ci : que les animaux soient domestiques ou non, iels n’ont pas choisi d’être élevé·es, vendu·es et dressé·es à faire des numéros ou à « travailler » pour les humain·es en étant transporté·es de ville en ville pendant les périodes de spectacles, simplement en échange du gîte et du couvert. Avez-vous déjà été dans un cirque où l’on vous dise « désolé, ce soir notre éléphante n’a pas envie d’entrer en scène, alors elle ne se produira pas », ou même entendu parler d’un tel cirque ? L’absence de choix est évidente : les animaux de cirque, comme les autres artistes, doivent se produire. La différence est que ces animaux n’ont pas signé de contrat et ne se sont pas engagé·es vis-à-vis du cirque à quoi que ce soit. C’est le cirque qui a décidé, unilatéralement. S’iels ne veulent pas faire leur numéro, on les y forcera, que ce soit par des méthodes douces de conditionnement ou par des méthodes plus violentes, selon les cas.

Quel que soit le choix que ces animaux feraient s’iels en avaient l’occasion, puisque ce n’est pas le cas, il est difficilement justifiable de se permettre de le faire à leur place.

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