ACTA – Agir Contre la Torture des Animaux

« Animalisme, éthique du cheval et bien-être animal »,
compte-rendu de la conférence de Marianne Celka pour l’Ifce

Le 25 juin, Marianne Celka, sociologue, a donné une webconférence à la demande de l’Institut français du cheval et de l’équitation (Ifce), sur le thème « Animalisme, éthique du cheval et bien-être animal ». La conférence s’est déroulée en trois temps : l’animalisme, l’impact des images sur les représentations et le bien-être animal « comme horizon et comme récit ».

En bref

  • La présentation de l’animalisme était plutôt factuelle, si ce n’est pour l’idée que l’animalisme cherche l’abolition de toute forme de domestication, voire de toute relation avec les animaux.
  • La partie sur « l’efficience des images » était concentrée sur la manière dont la représentation des animaux par Disney nous donne une image faussement mignonne du monde réel et des animaux, sans aborder la manière dont les dessins animés et les films normalisent aussi parfois l’exploitation des animaux.
  • Quant à la partie sur le bien-être, celui-ci n’a pas été défini.
  • Ironiquement, dans l’ensemble, la situation actuelle des chevaux et des juments n’a pas vraiment été discutée.

Compte-rendu et impressions...

Marianne Celka a d’abord proposé une présentation de l’animalisme, relativement sommaire et plutôt factuelle. Elle y remarquait par exemple la sympathie que ressentent de nombreuses personnes pour l’animalisme, sans être elles-mêmes ni antispécistes, ni véganes.

Cependant, tout en affichant sur ses diapositives un extrait de la fiche de Florence Dellerie concernant l’équitation (ci-contre), elle n’en a pas cité l’autrice. Tout en remarquant que ce tract parle de la possibilité d’adopter un cheval ou une jument dans certaines conditions, elle a affirmé que l’abolitionnisme veut mettre fin à toute forme de domestication animale. En réponse à une question après sa présentation, elle a même dit qu’il s’agissait de mettre fin à toute relation avec les animaux. Cela aurait peut-être été nuancé, par exemple si elle avait cité d’autres philosophes et auteurs/rices que Peter Singer (et son utilitarisme « très anglo-saxon »), au lieu de s’en tenir à la mauvaise foi de Jocelyne Porcher.

La deuxième partie de la conférence était consacrée à l’ « efficience des images » et au « conflit des valeurs » apporté·es par les techniques de la modernité (photographie, puis dessins animés et films, en particulier). De « l’animal-objet » de Descartes à « l’animal-sujet », on en serait arrivé aujourd’hui à la « personne animale » dans certains cas. Pour elle, cela est dû en partie à la « disneyfication » des représentations de l’animal. Difficile de savoir en quoi cela explique en quoi que ce soit le mouvement animaliste : aucun·e auteur/rice n’en étant cité·e, et la représentation des relations homme/cheval dans les dessins animés et les films n’étant pas analysée (il n’est pourtant pas rare de voir des chevaux heureux d’être montés au cinéma et à la télévision, ce qui pourrait aussi bien entériner cette vision des chevaux et juments et de leurs rapports avec nous).

Cette deuxième partie s’est terminée par une mise en regard des mots utilisés par des animalistes et par des professionnel·le·s pour décrire des pratiques courantes. Marianne Celka expliquait l’incompatibilité de ces deux visions du monde par le mot « barbare » (apparemment très utilisé par les animalistes, bien qu’on ne sait toujours pas par lesquel·le·s). L’étymologie de ce mot renvoie à ce qui est étranger, dont le langage ressemble à un charabia. Doit-on comprendre que les animalistes sont opposé·es aux pratiques d’élevage et d’exploitation uniquement parce qu’iels ne les comprennent pas ? (Ou bien ne serait-ce pas l’inverse, les professionnel·le·s s’appliquant souvent à justifier leurs pratiques par leur ancienneté et leurs euphémismes bien ancrés ?)

Le contenu de la dernière partie était encore plus étonnant si l’on s’attendait à y entendre parler de bien-être. Il s’agissait bien de « l’horizon » et du « récit » de quelque chose, mais le bien-être animal n’était pas défini, sauf pour dire qu’il s’agissait d’une valeur centrale de l’éthique animale qui diverge selon les courants. Le discours était plutôt centré sur le besoin d’ « enromancer » nos vies avec les animaux – en les utilisant, apparemment, comme des symboles de nos relations avec la nature, le temps ou la liberté.

Mais le plus étonnant, dans tout cela, est de ne quasiment pas avoir entendu parler de chevaux, dans une conférence de 30 minutes, suivie de presque 30 minutes de questions, organisée par l’Institut français du cheval et de l’équitation et incluant dans son titre l’expression « éthique du cheval ». La situation actuelle des chevaux et des juments n’a pas été abordée, ni l’évolution des pratiques qui les utilisent, et iels n’ont été mentionné·es qu’en tant que symboles, métaphores ou moyens de communication dans les médias visuels. Quelques questions portaient sur des éléments spécifiques aux chevaux et aux juments, comme la problématique du manque de sortie et d’interaction avec les congénères ou la difficulté pour les professionnels de suivre les directives sur le « bien-être animal » tout en étant « rentables ». Mais ces questions n’ont reçu pour réponse que des considérations très générales, globalement d’ordre économique.

Le fin mot de l’histoire ? En réponse à une personne faisant remarquer que « parler de “consentement” des animaux dans les processus de domestication parait un peu fort », Marianne Celka a dit que tout en n’étant pas éleveuse, elle avait été élevée « parmi les éleveurs » et pense que « sur 10 000 ans d’expérience, les animaux ont un retour, une réciprocité dans le processus de domestication ». Les animaux enfermés, frappés et tués pendant la durée de sa conférence, seront contents de le savoir.

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